Inkscape - Gestion de la couleur

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Niveau alchimiste
Les qualités du vectoriel font d’Inkscape un acteur fort de la chaîne graphique. Cette position implique cependant de coordonner les tâches entre logiciels et entre supports, couleur comprise.
Inkscape 0.46 sous Ubuntu Gutsy Gibbon

Nota: cet article est à mettre en parallèle avec la gestion des couleurs dans Gimp et Scribus.

ÉTAPE 1
Les indispensables

Le vectoriel offre à l’infographiste des possibilités aussi étendues que variées. De l’objectif de son projet au support physique ou virtuel choisi, l’infographiste devra démontrer ses capacités à anticiper le rendu de son travail. Le format svg, plébiscité par Inkscape, propose une souplesse telle qu’il s’affiche aussi bien sur écran (site web, animation, présentation) que sur papier (illustration, logo, schémas). Et pour chacun de ces media, la couleur doit être appréhendée de façon particulière.

L’espace de l’écran:
Sur écran, la synthèse additive prédomine, mélange de rouge, de vert et de bleu (RVB) pour créer autant de nuances que le permettent la qualité de l’écran et le gamut du profil qui lui est attribué.
Les profils RVB les plus courants sont:

L’espace physique:
Quatre couleurs (cyan, magenta, jaune et noir) composent l’espace physique perceptible par l’oeil humain, après synthèse soustractive des couleurs.
Le mode CMJN virtualisé sur écran correspond à ce que sera le document une fois imprimé sur un support physique, selon le profil utilisé. Les plus courants sont:

* coated fait référence à du papier couché. Il est d’usage d’indiquer, notamment s’agissant de tons directs, si la nuance utilisée est destinée ou non à du papier couché, pour sa correspondance avec le profil. Il existe des déclinaisons de tons directs (notamment chez Pantone) telles que: C (coated), U (uncoated), CV (computer video), CVC (computer video coated paper – la simulation Pantone la plus efficace), CVU (computer video uncoated paper), CVP (computer video, process color), CVS (computer video, SWOP-standard).

ÉTAPE 2
De l’intérêt des profils pour les logiciels vectoriels

Dans la chaîne graphique, les logiciels vectoriels sont mobiles. Ils peuvent aussi bien être un maillon intermédiaire que le maillon final. Le vectoriel, qu’il s’agisse de SVG, PDF, EPS ou autre, est souple et c’est là son avantage. En outre, il ne fait que très rarement appel, et dans des cas bien particuliers, à un périphérique d’acquisition.

Pourquoi un profil RVB?
Qu’est-ce qui justifie d’appliquer un profil RVB, alors que l’affichage peut être à ce point différent d’un écran à l’autre quil fasse passer un vert anis pour du jaune? Travailler selon un profil ICC permet de faire correspondre son affichage écran à des standards de production. Si l’utilité pour la publication d’un site ou d’une présentation d’entreprise reste relative en raison de l’infinité de configurations profil-gamma-température possibles, elle est en revanche incontestable dans un flux de production pour l’impression. Le profil agit comme un « marqueur »: il garantit, pour peu que ce profil soit respecté tout au long du flux de production, une correspondance des couleurs.
Et même si votre document n’est pas destiné à l’impression, les profils RVB favorisent un affichage optimisé pour un rendu couleurs de qualité, et permettent de bien choisir ses couleurs, leur interdépendance, et leur étendue (pour rappel: le gamut RVB est large).

Pourquoi un profil CMJN?
La correspondance des couleurs ne peut pas se limiter au passage d’un écran à un autre, et doit dépasser le cadre du flux de production écran pour atteindre le produit fini. L’intégration d’Inkscape dans la chaîne graphique ne peut se faire que si vous savez vers quel résultat final vous vous dirigez. C’est là qu’interviennent les profils CMJN, qui autorisent une prévisualisation de la sortie imprimée, et un repérage des couleurs non imprimables.
Profils RVB et CMJN sont interdépendants et doivent être d’autant plus respectés qu’ils ne sont pas « embarqués », comme c’est le cas pour les profils de travail RVB dans les images bitmap.
Un exemple: en collaboration avec des collègues ou d’autres intervenants, vous êtes chargé de la réalisation d’une plaquette qui mélange texte, illustrations et photos. Vous réalisez une illustration dans Inkscape avec un profil RVB particulier, et une prévisualisation CMJN avec également un profil particulier. Le tout est exporté en SVG simple, pour pouvoir être importé dans Scribus. Si votre collègue qui s’occupe de la mise en page dans Scribus n’a pas les mêmes profils que vous, l’affichage de votre travail risque d’être radicalement différent une fois mis en page… Et même une fois imprimé! Cela a d’autant plus de chances de se produire si vous n’avez pas de références de couleurs communes précises, par exemple s’il vous a été demandé de vous baser sur un document imprimé, que vous avez scanné et dont vous avez relevé les couleurs à la pipette (sisi, ça arrive). Ou encore, et ceci n’est malheureusement pas exceptionnel: il peut apparaître une différence dans le noir du texte que vous aurez rédigé dans Inkscape et celui qui fait le corps de texte dans Scribus (c’est la compensation du point noir). D’une application à l’autre, d’un poste à l’autre et a fortiori entre votre affichage et l’imprimante, la complémentarité et le suivi des profils sont nécessaires.

ÉTAPE 3
Les profils dans Inkscape

Dans Inkscape, les profils sont gérés depuis le menu Fichier > Préférences d’Inkscape, dans le sous-menu Gestion de la couleur.

La fenêtre de gestion de la couleur d’Inkscape comporte deux parties:

Le profil d’affichage est nécessairement un profil RVB. Il donne le ton à vos choix de couleurs. Vous pouvez choisir de cocher «utiliser le profil proposé par le périphérique d’affichage », qui associe des profils ICC aux affichages de type X (X window system ou X11), ou vous pouvez encore choisir d’appliquer un profil moniteur personnalisé (p. ex. votre profil créé à l’aide de Lprof), mais aucune de ces deux possibilités n’est recommandée.

L’intention de rendu d’affichage agit pour une cohérence d’affichage en fonction du support final: écran ou impression. Quatre modes de rendu sont disponibles:

La gestion des couleurs est exclusivement orientée vers l’optimisation du document numérique pour une sortie imprimée. C’est pourquoi elle propose de simuler la sortie à l’écran, de façon à faire correspondre le gamut de l’affichage à un gamut CMJN moins étendu, et même de marquer les couleurs hors-gamut selon une couleur d’avertissement personnalisable.

Le profil du périphérique est relatif à votre imprimante. Il s’agit soit d’un profil constructeur, soit d’un profil personnalisé créé en fonction de votre papier, votre matériel, votre encre…
Dans le cas d’une impression chez un professionnel, il est recommandé, soit d’intégrer les profils ICC standards, soit d’appliquer le profil du matériel de votre imprimeur.
Ce choix s’accompagne de la possibilité, comme pour l’affichage précédemment, de choisir une intention de rendu du périphérique. Dans le cas d’une gestion des couleurs pour l’impression, il est recommandé d’éviter les modes colorimétrie absolue et saturation.

Les dernières options proposées concernent ce qu’on appelle le point noir, et qui désigne la zone la plus sombre de votre document (par opposition au point blanc). Le texte est très concerné.
La compensation du point noir permet d’adapter les nuances les plus sombres de votre document RVB vers le CMJN, pour en respecter les nuances. Par exemple, un texte noir 100% surimprimé sur un gris foncé risque tout simplement de disparaître à l’impression, car le gamut de l’imprimante ne sera pas aussi étendu que celui de votre affichage RVB.
Préserver le point noir est une fonction relative à la complexe conversion CMJN vers CMJN, qui passe nécessairement par l’étape intermédiaire du mode Lab, et ne permet pas de conserver l’intégrité des noirs profonds (encore une fois, le texte est très concerné). Cette fonction permet de préserver au mieux la valeur des noirs durant cette conversion, même si elle ne remplace pas l’efficacité des profils de liaison qui, eux, permettent une conversion directe de CMJN à CMJN.

Commentaires

11 réponses à “Inkscape - Gestion de la couleur”

  1. MikaelKA le 26 mai 2008 8:44

    Un article très intéressant et fort bien construit comme à ton habitude.

  2. FeIZocE le 26 mai 2008 9:21

    Avec le temps que j’ai passé à faire ce triptyque, j’éspère vraiment qu’il est bien construit. Ton commentaire est rassurant, merci :)

  3. Manu le 26 mai 2008 10:06

    Merci pour ce trio d’articles ! Je travaille avec ces trois logiciels et jusque-là je me contentais de travailler la couleur “en prod” que sur le dernier (Scribus), cette mise en perspective de la chaine de couleurs sur les trois est très éclairante. Merci encore !

  4. FeIZocE le 26 mai 2008 12:02

    Scribus ne fait que proposer une prévisualisation, une version allégée du document original lié. Il n’a ni les fonctions ni la précision de retoucher les bitmap (et de toutes façons c’est pas son but). C’est là tout l’intérêt de pouvoir incorporer les profils dans les images. En revanche, si tu importes du SVG, les profils de Scribus peuvent effectivement en modifier l’affichage écran. Si l’un ou l’autre fait défaut, ça peut réserver de sacrées surprises à la sortie! :D Merci pour ces compliments :)

  5. Gimp - Gestion de la couleur : Calcyum le 9 septembre 2008 21:34

    [...] cet article est à mettre en parallèle avec la gestion des couleurs dans Inkscape et [...]

  6. Scribus - Gestion de la couleur : Calcyum le 9 septembre 2008 21:41

    [...] Nota: cet article est à mettre en parallèle avec la gestion des couleurs dans Gimp et Inkscape. [...]

  7. Mistral le 13 décembre 2008 19:25

    Bonjour,

    J’ai installé Inkscape 0.46 sous Vista Home Premium.
    Impossible de choisir un profil ICC.

    Pourquoi ?

  8. FeIZocE le 14 décembre 2008 20:41

    La version pour Windows n’est en effet pas optimale à ce niveau. C’est un bug connu.

  9. mortished le 18 mars 2009 9:26

    Bonjour,

    J’utilise Inkscape 0.46 sous windows xp, je vois que tu dis ci-dessus qu’elle n’est “pas optimale à ce niveau”, n’y a-t’il aucune solution pour l’instant ?

    Je ne comprends pas bien où créer ma “bibliothèque” de profils icc, peut-être qu’il y a un endroit où je dois ensuite spécifier le chemin au logiciel ? j’ai essayé de créer un dossier usr/share/colors/ICC … mais aucun de mes profils n’apparait dans les menu déroulant du menu “gestion de la couleur” d’inkscape

    Merci pour le (les) tuto, pour sribus j’étais ravi aucun problème, là c’est un peu plus compliqué mais je ne désespère pas (surout si tu peux m’aider ;-) … maintenant je vais me pencher sur Gimp

    mortished

  10. FeIZocE le 18 mars 2009 9:49

    Hello!

    Je prends mon exemple: avec WinXP, lorsque j’ouvre le menu Fichier > Préférences > Gestion de la couleur, je n’ai pas la possibilité de charger un profil. Les modes de rendu sont accessibles, le point noir peut être compensé ou préservé, mais impossible d’accéder au plus important: le chargement des profils. Si tu as vraiment besoin d’intégrer des profils (c’est quand même conseillé), tu peux enregistrer en SVG standard et importer ce SVG dans Scribus: tu pourras y modifier la couleur en prévisualisant la sortie selon tes profils.

    Très sympa, ton blues :)

  11. mortished le 18 mars 2009 10:07

    Merci beaucoup pour ta réponse ;-)

    Bon et bien on passera par Scribus, tu sais quelqu’un travaille sur ce bug d’inkscape ??? autre question : le bug n’existe pas sous linux ??? (je suis sous windows au boulot, sur mac à la maison … et je réfléchit à la possibilité de passer sous linux au bureau)
    De façon générale j’ai l’impression qu’il est plus “fiable” d’utiliser les logiciels open source sous linux que sous windows (pas surprenant en même temps …) mais c’est pas forcément évident de convaincre le responsable informatique

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